Un patient hypertendu sous traitement diurétique qui s’accorde un Ricard chaque soir en terrasse ne prend pas le même risque qu’un trentenaire en bonne santé. La dangerosité du Ricard ne se résume ni à son degré d’alcool ni à son goût anisé : elle se joue à l’intersection de trois facteurs que les médecins évaluent ensemble en consultation, à savoir l’éthanol, la glycyrrhizine contenue dans la réglisse, et le terrain du patient.
Ricard et réglisse : pourquoi la glycyrrhizine change la donne pour les patients hypertendus
On parle souvent du Ricard comme d’un simple alcool anisé. Ce raccourci masque un composant actif bien identifié par les médecins : l’acide glycyrrhizique (glycyrrhizine), présent dans la réglisse qui entre dans la composition du pastis.
La glycyrrhizine provoque une rétention de sodium et une fuite de potassium. Chez une personne normotensive, l’effet reste discret avec une consommation occasionnelle. Chez un patient déjà hypertendu, cardiaque ou sous diurétique hypokaliémiant, la situation se complique : la pression artérielle augmente, le taux de potassium sanguin chute, et le risque d’arythmie cardiaque grimpe.
L’Anses a d’ailleurs alerté sur les risques graves liés à une surconsommation régulière de réglisse, en pointant l’hypokaliémie et l’hypertension comme effets indésirables principaux. Le pastis n’est pas un bonbon, mais il partage avec les confiseries à la réglisse ce même mécanisme d’action sur l’équilibre électrolytique.

Une double peine que les médecins surveillent en priorité
Le Ricard cumule donc deux agents de pression artérielle : l’alcool lui-même (qui favorise l’hypertension à dose régulière) et la glycyrrhizine. Pour un cardiologue, un Ricard quotidien chez un hypertendu traité peut saboter le traitement en cours. Les retours varient sur le seuil exact de dangerosité, car la teneur en glycyrrhizine diffère selon les marques de pastis et les habitudes de dilution.
Ce n’est pas un hasard si les médecins raisonnent aujourd’hui en termes de profil patient plutôt qu’en termes de quantité d’alcool universelle. Un verre de Ricard par semaine chez un sujet sain n’appelle pas la même réponse médicale qu’un verre quotidien chez un patient sous antihypertenseur.
Recommandations médicales sur l’alcool en 2026 : pas de dose sûre de pastis
L’Assurance Maladie maintient un cadre clair : deux verres maximum par jour, pas tous les jours, avec au moins deux jours sans alcool par semaine. Cette recommandation s’applique à tous les alcools, Ricard compris. Aucune instance médicale française ne définit de « dose sûre » spécifique pour le pastis.
On notera que ces repères ne tiennent pas compte de la composante réglisse. Autrement dit, respecter la limite de deux verres par jour ne neutralise pas le risque lié à la glycyrrhizine chez les profils vulnérables. Les médecins doivent donc superposer deux grilles de lecture : celle de la consommation d’alcool et celle de l’exposition à la réglisse.
Réduction plutôt qu’interdiction : l’approche terrain des soignants
En pratique, les médecins et pharmaciens ne brandissent pas une interdiction brutale du Ricard. L’approche privilégiée en 2026 repose sur des objectifs concrets et progressifs :
- Ne pas boire seul, ce qui limite la consommation automatique et non socialisée
- Espacer les prises et alterner systématiquement avec des boissons sans alcool entre chaque verre
- Identifier les moments de consommation (apéritif quotidien, week-end, contexte festif) pour cibler la réduction là où elle est réaliste
- Consulter un médecin ou un service spécialisé si la réduction seule ne suffit pas
Cette stratégie de réduction fonctionne mieux sur le terrain qu’un discours moralisateur. On constate que les patients adhèrent davantage quand on leur propose de passer de sept Ricards par semaine à trois, plutôt que de supprimer tout alcool du jour au lendemain.
Interactions médicamenteuses et Ricard : le risque que les patients sous-estiment
Quand on interroge des médecins généralistes sur la dangerosité du Ricard, un sujet revient systématiquement : les interactions entre alcool, réglisse et traitements médicamenteux. Ce croisement est rarement abordé dans les articles grand public, alors qu’il concentre les cas les plus préoccupants.

Prenons un cas concret. Un patient de 65 ans sous diurétique thiazidique (traitement courant de l’hypertension) consomme un Ricard chaque soir. Le diurétique fait déjà baisser le potassium sanguin. La glycyrrhizine du pastis accentue cette fuite. L’alcool aggrave la pression artérielle. On obtient un triple mécanisme convergent vers l’hypokaliémie et la poussée tensionnelle.
Quels traitements sont les plus sensibles
Les médecins surveillent particulièrement les patients qui combinent Ricard régulier et l’un de ces traitements :
- Diurétiques hypokaliémiants (thiazidiques, furosémide), car la glycyrrhizine amplifie la perte de potassium
- Antihypertenseurs de toute classe, dont l’efficacité peut être réduite par l’effet hypertenseur combiné de l’alcool et de la réglisse
- Anticoagulants et antiagrégants plaquettaires, pour lesquels l’alcool modifie le métabolisme hépatique et peut perturber l’équilibre thérapeutique
Le pharmacien est souvent le premier interlocuteur à pouvoir repérer ce type d’interaction lors de la délivrance du traitement. Un simple échange au comptoir sur les habitudes d’apéritif permet parfois d’identifier un risque que le patient ne soupçonne pas.
Dangerosité du Ricard : ce que les médecins disent concrètement aux patients
Le discours médical en 2026 ne diabolise pas le Ricard en tant que tel. Il le replace dans un contexte individuel. Un verre de pastis occasionnel, bien dilué, chez une personne sans antécédent cardiovasculaire ni traitement à risque, ne constitue pas une urgence sanitaire.
En revanche, la consommation quotidienne de Ricard chez un patient hypertendu ou sous traitement cardiaque relève d’un vrai sujet de prévention. Les médecins recommandent d’en parler ouvertement en consultation, sans attendre qu’un épisode d’hypokaliémie ou une poussée hypertensive vienne poser le diagnostic a posteriori.
Le Ricard n’est ni plus ni moins dangereux qu’un autre alcool à degré équivalent, à une exception près : la réglisse ajoute un facteur de risque cardiovasculaire propre, mesurable, et trop souvent ignoré par ceux qui pensent que « c’est juste un apéro ».

