Depuis le 1er janvier 2022, les aides-soignants de la fonction publique hospitalière relèvent de la catégorie B. Ce reclassement, acté par le décret 2021-1257 du 29 septembre 2021, a redessiné la grille indiciaire et les perspectives salariales du métier. Trois ans après, plusieurs angles morts persistent, notamment face à un point d’indice qui n’a pas bougé depuis juillet 2023.
Point d’indice gelé depuis 2023 : le frein que la grille ne montre pas
Les articles sur la rémunération des aides-soignants détaillent les échelons et les indices majorés. Un mécanisme pèse pourtant sur chaque ligne de la fiche de paie : la valeur du point d’indice de la fonction publique.
Ce point est fixé à 4,92278 euros depuis le 1er juillet 2023. Il n’a fait l’objet d’aucune revalorisation en 2024, 2025 ni 2026. Aucune annonce en ce sens n’a été faite lors des instances de la fonction publique fin 2025.
Le traitement brut mensuel d’un agent se calcule en multipliant son indice majoré par cette valeur. Un aide-soignant au 1er échelon (indice majoré 379) perçoit donc un traitement brut d’environ 1 865 euros. Ce montant n’évolue que si l’agent change d’échelon ou si le point d’indice augmente.
Les revalorisations perçues ces dernières années proviennent du reclassement en catégorie B et du complément de traitement indiciaire (CTI) issu du Ségur, pas d’une progression du point. Avec une inflation cumulée significative depuis 2023, le pouvoir d’achat réel stagne malgré une grille en apparence plus favorable.

Grille indiciaire aide-soignante catégorie B : classe normale en 2026
La carrière d’aide-soignant en classe normale se déroule sur 12 échelons pour une durée totale d’environ 25 ans. La classe supérieure, accessible après promotion, compte 11 échelons avec des indices majorés plus élevés en fin de parcours.
| Échelon | Durée | Indice majoré | Traitement brut mensuel |
|---|---|---|---|
| 1er | 1 an | 379 | 1 865 euros |
| 2e | 2 ans | 393 | 1 934 euros |
| 3e | 2 ans | 410 | 2 017 euros |
| 4e | 2 ans | 432 | 2 125 euros |
| 5e | 3 ans | 453 | 2 229 euros |
| 6e | 3 ans | 478 | 2 352 euros |
Les échelons suivants (7e à 12e) continuent de progresser avec des durées de trois à quatre ans. L’indice majoré terminal de la classe normale dépasse 500, ce qui porte le traitement brut au-delà de 2 500 euros en fin de carrière, hors primes.
Ce que le passage en catégorie B a changé concrètement
Par rapport à l’ancienne grille de catégorie C, le reclassement a apporté un échelon supplémentaire, des indices majorés rehaussés à chaque palier, et un accès facilité aux concours internes de catégorie B. Les pensions de retraite, calculées sur les indices, bénéficient mécaniquement de cette hausse.
CTI Ségur et primes : ce qui compose réellement le salaire net
Le traitement indiciaire ne représente qu’une partie du salaire versé. Plusieurs éléments s’y ajoutent, et leur articulation détermine l’écart entre deux aides-soignants de même ancienneté.
- Le complément de traitement indiciaire (CTI), instauré par le Ségur, représente environ 183 euros nets par mois. Il est versé de manière systématique aux agents de la FPH et a été étendu progressivement au secteur privé sanitaire, social et médico-social à partir de 2024.
- L’indemnité de fonctions, de sujétions et d’expertise (IFSE), dont le montant varie selon le poste occupé, le service et les responsabilités exercées.
- Les primes de sujétion liées aux conditions de travail : travail de nuit, dimanches, jours fériés, astreintes. Ces majorations peuvent représenter plusieurs centaines d’euros mensuels selon le planning.
- Le complément indemnitaire annuel (CIA), versé une fois par an, qui dépend de l’évaluation professionnelle.
Un aide-soignant débutant dans la FPH touche environ 1 780 euros nets par mois en intégrant le CTI et les primes de base. Ce montant peut varier sensiblement selon le service d’affectation.
Secteur privé et associatif : la prime Ségur généralisée, les écarts persistent
La généralisation du CTI au secteur privé sanitaire et médico-social a réduit une partie de l’écart historique entre public et privé. Les aides-soignants en clinique privée ou en EHPAD associatif perçoivent désormais cette prime, ce qui n’était pas le cas avant 2024 pour l’ensemble des structures.
Les conventions collectives du privé (CCN 51, CCN 66, convention FEHAP) déterminent des grilles distinctes de celles de la FPH. Deux aides-soignants diplômés la même année peuvent constater un écart de plusieurs centaines d’euros selon qu’ils exercent en hôpital public, en clinique privée ou en structure associative.
Le choix du secteur, du type de structure et du service d’affectation pèse autant que l’ancienneté sur la rémunération réelle. Les postes de nuit en réanimation ou en urgences génèrent des compléments que les postes en consultation de jour ne proposent pas.

Salaire aide-soignante 2026 : les limites du dispositif Ségur
Le Ségur a produit un effet visible sur les fiches de paie entre 2022 et 2024. Le reclassement en catégorie B et le CTI ont relevé le plancher de rémunération d’un métier en tension de recrutement chronique.
Depuis 2024, le gel du point d’indice neutralise une partie de la mécanique de progression. Les primes, bien que significatives, ne sont pas toutes prises en compte dans le calcul des droits à la retraite.
La question du financement à long terme du CTI dans le secteur médico-social privé reste ouverte. Certaines structures associatives signalent des difficultés à absorber cette charge sans compensations budgétaires pérennes. Le maintien du dispositif Ségur dépend de choix budgétaires qui dépassent le cadre de la seule grille indiciaire.
Pour un aide-soignant qui entre dans le métier en 2026, la grille de catégorie B offre une base plus solide qu’il y a cinq ans. La progression réelle du pouvoir d’achat reste suspendue à des arbitrages qui n’ont pas encore été rendus.

