Un médecin termine une téléconsultation, rédige son compte-rendu et veut l’adresser au pharmacien du patient. Il ouvre Mailiz, joint le document, envoie. Le geste prend quelques secondes, mais derrière ce clic se jouent le respect du secret médical, la conformité RGPD et la traçabilité de l’échange. Utiliser Mailiz en téléconsultation ne se limite pas à envoyer un message chiffré : on doit aussi vérifier ce qui se passe avant et après l’envoi, côté plateforme et côté poste de travail.
Mailiz et hébergement HDS : deux maillons distincts à sécuriser en téléconsultation
La plupart des guides sur Mailiz se concentrent sur la messagerie elle-même. En téléconsultation, le périmètre est plus large. Les données de santé produites pendant la consultation vidéo (notes, ordonnances, comptes-rendus) transitent d’abord par la plateforme de téléconsultation, puis éventuellement par Mailiz pour être transmises à un confrère ou au patient.
Ces deux étapes n’ont pas le même cadre technique. La plateforme de téléconsultation doit reposer sur un hébergeur certifié HDS, conformément à l’article L.1111-8 du Code de la santé publique. Cette obligation, en vigueur depuis 2018, couvre le stockage et le traitement des données de santé. Mailiz, opérée par l’Agence du Numérique en Santé, assure de son côté le transit sécurisé des messages dans l’espace de confiance MSSanté.
Concrètement, on a donc deux garanties à vérifier avant chaque usage :
- La plateforme de téléconsultation utilisée est hébergée chez un prestataire certifié HDS (vérifiable sur le site de l’ANS ou auprès de l’éditeur)
- Le compte Mailiz est bien activé avec une authentification via carte CPS ou e-CPS, ce qui garantit l’identité du professionnel dans l’annuaire MSSanté
- Le poste de travail utilisé pour la téléconsultation est sécurisé (session verrouillée, antivirus à jour, accès Wi-Fi protégé)
Si l’un de ces maillons manque, le chiffrement de Mailiz ne suffit pas à protéger le parcours complet de la donnée.

Envoyer un document après une téléconsultation via Mailiz : le flux sécurisé étape par étape
Une fois la téléconsultation terminée, on génère souvent un compte-rendu, une ordonnance ou un courrier d’adressage. Voici comment Mailiz intervient dans ce flux sans exposer les données du patient.
Rédaction et export depuis la plateforme
Le document est rédigé directement dans le logiciel métier ou la plateforme de téléconsultation. On l’exporte en PDF, idéalement depuis un logiciel compatible MSSanté. Certains logiciels métier (comme ceux intégrés à Maiia ou d’autres solutions) permettent d’envoyer le document directement dans la messagerie sécurisée sans passer par un téléchargement local.
Envoi via Mailiz
On ouvre Mailiz (via le webmail ou le logiciel métier intégré), on recherche le destinataire dans l’annuaire MSSanté, on joint le document et on envoie. L’annuaire recense l’ensemble des professionnels de santé enregistrés (RPPS ou ADELI), ce qui garantit que le message arrive bien à un professionnel identifié.
Ne jamais envoyer un compte-rendu de téléconsultation par messagerie classique (Gmail, Outlook personnel, etc.). Même chiffré côté expéditeur, un email standard ne garantit ni l’authentification du destinataire, ni la traçabilité de l’échange, ni la conformité au cadre légal posé par la CNIL et le Code de la santé publique.
Téléconsultation et violation de données : que faire si un incident survient sur Mailiz
On n’y pense pas toujours au moment de paramétrer son compte, mais la gestion d’un incident fait partie de l’utilisation responsable de Mailiz en contexte de téléconsultation. Un ordinateur portable volé avec une session Mailiz ouverte, un mot de passe compromis, un accès non autorisé au compte : ces scénarios ne sont pas théoriques.
En cas de violation de données de santé, le professionnel doit notifier la CNIL dans un délai maximal de 72 heures après la découverte de l’incident. Si le risque pour les droits des patients est élevé, ces derniers doivent aussi être informés individuellement. Cette obligation s’applique que la faille vienne de Mailiz, de la plateforme de téléconsultation ou du poste de travail.
Pour limiter ce risque en amont, quelques réflexes opérationnels s’imposent :
- Activer la déconnexion automatique de Mailiz après une période d’inactivité
- Ne pas stocker de pièces jointes issues de téléconsultations sur un disque local non chiffré
- Utiliser systématiquement l’authentification via Pro Santé Connect plutôt qu’un simple mot de passe
- Vérifier régulièrement l’historique de connexion au compte Mailiz pour détecter un accès suspect

Mailiz en mobilité : contraintes spécifiques pour la téléconsultation hors cabinet
La téléconsultation ne se fait pas toujours depuis un bureau fixe sécurisé. Visites à domicile avec suivi à distance, gardes, remplacements : on se retrouve parfois à envoyer un document Mailiz depuis un smartphone ou une tablette, connecté en 4G ou sur un réseau Wi-Fi partagé.
L’application mobile Mailiz existe et fonctionne avec e-CPS, mais les retours varient sur ce point selon les appareils et les versions d’OS. Sur certains téléphones, la connexion via e-CPS peut être instable, ce qui pousse certains praticiens à repousser l’envoi au retour au cabinet, avec le risque d’oublier ou de laisser le document en attente sur un appareil non sécurisé.
Mieux vaut envoyer immédiatement depuis l’application mobile Mailiz que stocker un PDF sensible sur un téléphone en attendant d’être au cabinet. Si la connexion e-CPS pose problème, vérifier que l’application est à jour et que l’appareil dispose d’un verrouillage biométrique ou par code.
Réseau et chiffrement en déplacement
Sur un réseau Wi-Fi public (hôtel, espace de coworking médical), le chiffrement de Mailiz protège le contenu du message. Le risque se situe plutôt au niveau de l’interception des identifiants de connexion si on utilise un navigateur web plutôt que l’application dédiée. Privilégier l’application ou, à défaut, un VPN professionnel reste la pratique la plus fiable.
Mailiz remplit son rôle de messagerie sécurisée de santé dans l’espace de confiance MSSanté, mais en téléconsultation, la chaîne de protection des données du patient ne s’arrête pas au bouton « Envoyer ». La certification HDS de la plateforme, la sécurité du poste, la réactivité en cas d’incident et les bonnes pratiques en mobilité complètent le dispositif. C’est l’ensemble de ces maillons qui garantit la conformité réelle, pas la messagerie seule.

