Une lésion malpighienne intra-épithéliale de haut grade (HSIL, correspondant aux stades CIN2 et CIN3) identifiée chez une femme en âge de procréer pose une question clinique précise : faut-il traiter avant la grossesse, et quel impact attendre sur la fertilité et le déroulement obstétrical ? La réponse dépend du stade histologique exact, de l’âge de la patiente et de la stratégie thérapeutique retenue.
Surveillance active des CIN2 chez la femme jeune avec désir de grossesse
Les recommandations récentes, portées notamment par des consensus allemands, chinois et australiens, ont fait évoluer la prise en charge des CIN2 chez les femmes de moins de 25 ans. Lorsque la lésion est bien visible en colposcopie et que le risque d’invasion est jugé faible, une surveillance active (frottis, test HPV et colposcopie à intervalles réguliers sur 6 à 24 mois) est désormais considérée comme une option préférentielle.
L’objectif est explicite : réduire les excisions cervicales inutiles pour limiter le risque de prématurité lors de grossesses futures. Cette stratégie repose sur le taux de régression spontanée observé pour les CIN2, nettement supérieur à celui des CIN3. En cas de persistance ou de progression vers CIN3, le traitement reste indiqué.
Pour les patientes présentant d’emblée une CIN3, la surveillance prolongée sans traitement n’est pas recommandée, quel que soit l’âge. Le potentiel de régression spontanée d’une CIN3 est trop faible pour justifier une temporisation dans la plupart des référentiels actuels.
Conisation, LEEP et risque obstétrical : ce que change la profondeur d’exérèse

Le traitement de référence d’une HSIL reste l’exérèse (conisation au bistouri froid ou résection à l’anse diathermique, dite LEEP). Les deux techniques permettent une analyse histologique complète et un contrôle des marges.
Le paramètre déterminant pour le pronostic obstétrical n’est pas tant la technique utilisée que la profondeur du tissu cervical retiré. Les synthèses de bonnes pratiques (BMJ Best Practice, consensus chinois) soulignent un lien direct entre profondeur de conisation et risque d’accouchement prématuré. Plus le cône est profond, plus le col résiduel est court, et plus le risque d’insuffisance cervicale augmente.
Nous observons en pratique que les techniques modernes (anse diathermique sous colposcopie) permettent de limiter la quantité de tissu retiré par rapport aux conisations larges au bistouri froid. Les recommandations actuelles insistent sur la nécessité de retirer uniquement le tissu nécessaire, sans marge excessive, pour préserver au maximum la longueur cervicale.
Conséquences concrètes après une exérèse cervicale
- Augmentation modérée du risque d’accouchement prématuré, corrélée à la profondeur de l’exérèse et non à la simple réalisation du geste
- Risque légèrement accru de césarienne dans certaines séries, bien que la majorité des patientes accouchent par voie basse sans complication
- Possibilité de sténose cervicale post-opératoire (rare), pouvant gêner la dilatation en début de travail ou, dans de rares cas, la conception naturelle
La très grande majorité des femmes ayant subi une conisation mènent ensuite une ou plusieurs grossesses sans complication majeure. Le suivi obstétrical est adapté (mesure échographique du col, parfois cerclage prophylactique si le col résiduel est très court), mais la grossesse n’est pas contre-indiquée.
HSIL et fertilité : un impact souvent indirect
Une HSIL ne diminue pas en elle-même la réserve ovarienne ni la capacité de fécondation. La lésion siège sur l’épithélium du col utérin et n’affecte ni l’endomètre, ni les trompes, ni la fonction ovarienne. L’infection HPV sous-jacente n’est pas non plus considérée comme une cause directe d’infertilité féminine dans les référentiels actuels.
L’impact sur la fertilité est donc indirect et lié au traitement, pas à la lésion elle-même. Deux mécanismes possibles :
- Une sténose cervicale post-conisation peut rendre le passage des spermatozoïdes plus difficile, bien que ce cas reste rare
- Un retard volontaire de la conception, le temps de traiter et de contrôler l’absence de récidive, peut repousser le projet de grossesse de plusieurs mois à un an
- En cas de conisation itérative (reprise pour marges non saines), la perte cumulée de tissu cervical peut majorer le risque obstétrical lors de la grossesse suivante
Nous recommandons d’aborder le projet de grossesse avec le gynécologue dès le diagnostic de HSIL, afin d’adapter la stratégie thérapeutique au calendrier reproductif. Un délai de contrôle post-traitement (frottis et test HPV négatifs à 6 mois) est généralement requis avant de débuter une grossesse.
HSIL découverte pendant la grossesse : quelle conduite tenir ?

Le diagnostic d’une HSIL en cours de grossesse ne modifie pas le pronostic fœtal. Le HPV n’est pas dangereux pour le fœtus, et la lésion cervicale elle-même ne provoque ni fausse couche ni malformation.
On n’opère pas le col de l’utérus pendant la grossesse, sauf suspicion de cancer invasif à la biopsie. La colposcopie reste réalisable et sûre pendant la grossesse, mais la biopsie n’est pratiquée que si l’aspect colposcopique évoque une invasion.
La stratégie standard consiste à surveiller la lésion par colposcopie trimestrielle et à réévaluer la situation par frottis et biopsie environ trois mois après l’accouchement. Dans la majorité des cas, la prise en charge définitive (exérèse si la lésion persiste) est reportée au post-partum. Ce délai est considéré comme oncologiquement sûr pour une HSIL sans signe d’invasion.
Après traitement d’une HSIL : suivi et projet de grossesse
Le contrôle post-thérapeutique repose sur un frottis et un test HPV réalisés à distance de l’exérèse. Un résultat négatif à ce contrôle est un signal favorable pour envisager une grossesse. Le risque de récidive d’une HSIL après traitement avec marges saines est faible, mais un suivi prolongé (annuel pendant plusieurs années) reste la règle.
Le diagnostic de HSIL n’est pas une contre-indication à la grossesse. Le traitement adapté, réalisé au bon moment et avec une exérèse la plus conservatrice possible, permet de concilier sécurité oncologique et préservation de la fonction cervicale. La coordination entre gynécologue et obstétricien, idéalement avant la conception, reste la clé d’une prise en charge adaptée.

